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JACQUES AUDIBERTI

Découvrez l'oeuvre et la vie de Jacques Audiberti

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ASSEMBLEE GENERALE 2025

22 juillet 2026 par AAJA

  MOT DU PRESIDENT

 « Je pensais à une pièce = Un conclave qui ne se terminerait jamais… et ce qu’il adviendrait dans la chrétienté. Naturellement un schisme. Et les cardinaux enfermés envoyant de leurs nouvelles uniquement pour qu’on sache qu’ils sont toujours vivants. Jusqu’à l’assaut du Vatican, mené par le faux pape -seul pape- et ou l’on ne trouverait que squelettes + un robot animé par une main d’enfant jouant. Lequel pourrait avoir « la marque » au talon et avoir été déposé là par un hélicoptère ou un oiseau de proie. Juste le temps que le dernier conclaviste lui indique le maniement du robot avant de mourir. Le robot aurait pour mission d’annoncer au monde qu’il y a toujours du vivant dans le Vatican. L’enfant disparaitrait dans une nuée d’or dès que le nouveau pape poserait sur lui son œil schismatique. Et le robot à la fin resterait seul debout toujours annonçant (pour un temps) qu’il y a du vivant, qu’il y a encore – (L’annonçant à qui ? À personne.) »

Non ce n’est pas un texte d’Audiberti. Pour une fois je voudrais rendre hommage à Hélène Lavaÿsse ; ici il s’agit d’une de ses lettres, datée de 1963.

On voit quelles idées elle avait et aussi quel style.

On sait qu’elle fut sa secrétaire, mais je crois qu’elle fut plus que cela ; j’avais tenté un jour le terme de « nègre » ; sans aller jusque-là on peut dire que c’était sa confidente, voire sa collaboratrice. Voici un autre extrait, daté de mai 1959 qui montre le travail formidable qu’elle a fait : « maintenant, je suis plongée dans le roman, plongée, voici ce que cela veut dire : je bondis d’horreur parce que vous avez écrit comme on fait le geste de bénir un mourant. A la grâce du père ! et vos mots, je les recherche dans le mystère. Aussi, des blancs, vous en trouverez. Pour commencer, je tape. Je tape tout. Cela constituera un brouillon clair sur lequel vous travaillerez. Je retaperai ensuite par petits paquets, vos chapitres seront d’abord reclassés, réencastrés les uns dans les autres, selon le plan que je ferai en fin de dactylographie. Il n’y a pas moyen autrement de s’y reconnaître. Quand les mots glissent trop dans le noir, je passe, mais il m’arrive d’en mettre un à moi, à la place. Vous avez truffé de notes et d’expressions en marge votre texte et cela nécessitera des coups de ciseaux et de la colle, c’est fatal. Mais courage. On s’en tirera. C’est le jour du muguet, à Paris. il y en a tant, cette année, que les marchands le donnent. Il va falloir inventer une autre fleur, pour qu’on la trouve rare et la fasse payer. Je vous souhaite bon séjour à Cannes. Je vous envoie mes pensées amicales. Cette lettre est pour vous donner un peu de tranquillité sur ce roman[1] que je décortique. »

Une autre lettre de la mi-mai 1959 : « Comme je vous l’ai écrit, il n’y avait pas moyen de s’en sortir sans taper d’abord, sur des brouillons, le manuscrit de toutes les écritures et de tous les formats que vous m’avez confié. Là, il va être possible de tailler, corriger, après avoir établi un plan et commencé d’écrire. Je ne sais pas si vous vous en êtes rendu compte. Mais il n’y a rien de cohérent dans ce que vous m’avez porté. Du matériel à utiliser, c’est tout. Certes, du bon matériau. Mais ce ne sont que des commencements de chapitres, de descriptions, de conversations, de démarches. Jamais finis. Et c’est tout. Si je m’y mettais, à reconstruite, à construire, ce serait du travail inutile, pcque vous referez, une fois de plus, le tout. Et je n’ai pas le courage. J’ai eu un mal de caniche aboyeur à dépister vos mots, si bien que je n’ai plus essayé de suivre vos phrases. J’ai tapé, tapé, tapé. A l’aveuglette, comme une dactylo de modeste zone, sans plus m’occuper du sens, uniquement pour que vous puissiez corriger sur des textes clairs. Je veux dire sur texte dactylographié. Tout le reste et à refaire. Et d’abord le plan, dont j’ai trouvé des bribes, de ci de là, non pas d’un mais de plusieurs plans, établis, laissés, repris, au cours des années passées. Voilà où nous en sommes et ce n’est pas brillant. II va falloir, à votre retour, après avoir tombé le hâle, encore bruissant du parler de là-bas, vous mettre à ce roman, vous y mettre en laissant un peu tout le reste. Sinon il ne se fera pas. Je suis déçue et irritée. Je croyais tout cela plus avancé. J’ai l’air de vous secouer comme un arbre à l’olivette, et je vous secoue, c’est vrai, faisant mine d’oublier que vous avez d’autres chats cannois à fouetter, parce que j’ai l’impression que vous allez arriver croyant trouver le manuscrit sinon fini, prêt, du moins prêt aux sept dixièmes, inconscient de ce qu’il y avait exactement de fait, de pas fait.

« Je finis. Nous nous en tirerons. La matière est là. L’idée est adoptée. Rien de tragique n’est à signaler. Il faut seulement reprendre l’armée et faire la guerre. La faire avec un seul plan une fois arrêté. Et procéder par petits carrés réguliers chacun à sa place, chacun à son heure, soldats de plomb, soldats de plomb au soleil trempé, une, deux, en marche pour »

Cet hommage à Hélène Lavaÿsse pour annoncer enfin la bonne nouvelle : la correspondance d’Audiberti avec Hélène Lavaÿsse est en passe d’être publiée. Elle aura pour titre De la rue du Saint-Esprit à la rue du Dragon pour bien signifier qu’Audiberti tient à ces deux pôles d’Antibes et de Paris. Depuis dix ans qu’elle est en chantier. C’est qu’elle a demandé beaucoup de travail sinon de datation, plus sûrement d’élucidation, chaque mot ou presque demandant une note. A ce jour, elle compte plus de 1000 notes, 14 annexes qui comprennent surtout de textes d’Hélène Lavaÿsse sur Audiberti, une présentation d’Hélène Lavaÿsse elle-même, avec photographies et bibliographies et enfin plusieurs index, pour un total d’environ deux-cent cinquante pages. Cela fera, je crois, un beau volume.

Je vous remercie

Bernard Fournier

Président de l’Association des Amis de Jacques Audiberti


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