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Notre Président, Bernard Fournier a trouvé à la BNF une perle aux éditions Fasquelle d'Audiberti parlant d'Emile Zola:

Zola chirurgien

Vers la dixième année de ce siècle, et encore un peu plus tard, la littérature contemporaine, aux yeux du jeune lecteur, se présentait comme une institution d'une stabilité et d'une cohérence inoubliables. Ah ! quel régal ! Quelles promenades ! tous les académiciens commençaient par un B. ou presque.  C'était une garantie. Barrès, Bourget, Brieux, Henri Lavedan et Marcel Prévost, en dépit des apparences, dépendaient eux aussi de cette initiale cossue.

Nous lisions tout. Le quartier réservé de la bibliothèque des collégiens était dominé par les noms de Pierre Louys et de Félicien Champsaur. Nus étions des appareils à peser, comparer savourer les odeurs, vertus et teintes respectives et Pierre Loti et de Henri de Régnier, sans parler d'Anatole France, lequel comportait un reflet déconcertant d'intelligence plutôt supérieure. Certains de ces grands écrivains parisiens figuraient déjà, tout au bout du volume, dans nos anthologies scolaires. Qu'un Paul Fort, que nous devinions tout vivant dans la lointaine capitale, où, dieu merci, et remerci! il vit toujours, et qu'on l'ait broché, à l'usage écolier, en compagnie de Malherbe, Racine et autres grands noms du vieux temps, nous en éprouvions l'équivoque sensation de prendre l'actuel en train de devenir l'historique.

Paul Fort et quelques poètes à part, tous ces écrivains, quand on les regarde d'ici, nous surprennent. Ou bien personne, à cette époque, parmi ceux qui tenaient le haut du pavé littéraire, n'avait aucune originalité mentale, ou bien les écrivains phosphorescents, Péguy, Valéry, n'arrivaient pas jusqu'à nous. En tout cas la littérature de cette époque était commode, simple, familière. Elle avait dix ans.

Des auteurs qui n'étaient morts que la veille, Maupassant, Zola, et, en somme, Hugo, formaient les grands repères de cette cité des jeunes rats.

Pour mon compte, je n'aimais que Hugo, tant dans les livres qu'il avait donnés sous son propre nom que dans ceux qui le dénonçaient à travers un pseudonyme transparent, Michelet, Leconte de Lisle, Gustave Flaubert, Emile Zola. Point Balzac, trop complexe, trop papillonnant, mélange de notaire et de tapissier, encombré d'affaires d'argent et de famille, de descriptions maniaques, de glands, volants reps, soutaches, cordons.

Le mètre Hugo bâtissait, à la menuiserie, à la maçon, à la bûcheron, c'est-à-dire une espèce de plénitude artisanale et plébéienne, les livres qui correspondaient à mon pouce sans faille et à ma paume carrée. Dans l'autre camp, pour m'en méfier, je rangeais tout ce qui est de l'ordre du chat, du violon, du subtil, de l'impair, qui va de Fénelon et de Racine à Stendhal et, plus loin, s'effiloche à l'infini du néant dans Guillaume Apollinaire, par exemple. Et Sainte-Beuve aussi dans le lot des impairs avec Musset,Verlaine, et autres lis, tilleuls et cendrillons. En somme, les carrés et les ovales. Les beaux et les jolis, les noirs et les roses.

Zola figurait le type même du ministre. Du ministre d'un cabinet Victor Hugo. Un de ces ministres à plusieurs portefeuilles, guerre, commerce, industrie, cultes. Il me plaisait de retrouver dans ses romans à couverture jaune, marqués des quatre lettres de ce nom, Zola, de la même espèce alphabétique barbare et sommaire que celui de mon ami Hugo, le rythme fort et dru, en charroi de locomotive, à l'honnête clarté épaisse où je me perdrais et me retrouvais au fil des Misérables  ou de Quatre-vingt-treize. Chez Zola, bien entendu, plus rugueux, le rythme, plus gris, sans l'envergure, sans l'envolée. Après le doge, le mineur.

Il s'agissait de prolonger Les Misérables en forage horizontal, myope, méthodique, circulaire. Après avoir cru qu'il aimait le peuple auquel il appartenait par une colossale aptitude à la corvée quotidienne, Hugo s'était mis à l'exploiter. Il y avait là un Orénoque, un Eldorado virginal, un monde. Les chiffonniers. Les petits voyous. Les douaniers. Les policiers. Et celles qu'on appelle les filles. Mais au gré des souverains hasards du chemin poétique, à l'improviste des coups de pied de la table intérieure, par rafales de mots dont la cadence porte. Elle porte d'abord le rhapsode lui-même. Il n'a qu'à se laisser porter.

Zola s'attelle au grand reportage complet. Les dimensions de l'épopée se profileront une fois l'œuvre accomplie, où Le Rêve éclate inopiné en carreau de pastel. Mais le ton prévaut journaliste. Il inaugure l'ère Landru, décidément. Il serait Homère s'il n'était Paris-Soir. Mais avec une énorme puanteur de bonté. Son but ? De même que Mallarmé, pour ne rien dire de Hugo lui-même en tant que poète rimeur, prétend métamorphoser l'univers, ses règles et ses ondes, le muter dans l'organisme magicien de l'ode, le professeur, le ministre, le médecin Zola, lui , semble avoir à cœur de mettre en livres la population tout entière.

Avec ses litres de vin, ses matelas, ses ronflements, sa vieille casquette, son haut de forme, bref tout le frusquin. L'immense Hugo n'était pas venu jusque là. Zola pare au détail. Il veut que tout perce. Il n'a pas peur des wagons de troisième et de l'hôpital. Il est le bœuf de la sincérité. S'il raconte, il rend compte. L'extrémité de ce propos géant serait de tenir, là, présente, l'humanité. Pour en faire quoi ? C'et là que commence le halo Zola. C'est là qu'en scène entrent de molles aurores bénisseuses à leur façon, les excès du radicalisme à son début, les évidences supposées d'une espérance censément allant de soi. Après tant de pavés, le flou. Mais aucun vice. Un Karl Marx du pittoresque.

 Et puis le branle est donné. Maintenant, à notre tour, après les enfarinades excrémentielles où nos nations se sont trente et quarante fois déshonorées, quand de puissants esprits, rentrant tout à coup la tête dans les épaules et plus bas, s'interrogent sur l'ampleur et système « ce que nous sommes » en réalité, en s'efforçant de ne se prononcer qu'à la lumière du contrôlable et à bonne distance de tout lyrisme insensé, dans un effort mouvant et dévorant de prise de conscience, dans un trismus de bilan qu'il faudrait établir coûte que coûte, comme si l'instant venait de fermer boutique et de changer de planète, même en restant sur celle-ci, c'est le doux trifouilleur chirurgical Zola qui se situe en parrain tutélaire et prépondérant de cette vibrante et pantelante autopsie.

 Jacques Audiberti

"Présence de Zola", éditions Fasquelle, 1953.

Bernard Fournier nous signale

Au cours de ses recherches sur  Audiberti et Mallarmé, il a trouvé un article violemment antisémite d'un certain Pierre Masteau, agent du Commissariat aux questions juives, dans la revue Jeunesse, qui, tout en louant le talent d'Audiberti, le  traite de "juif frelaté" et "juif d'honneur", le 26 juillet 1942, à propos de Des tonnes de semence. Ces appellations n'ont pas dû déplaire à Audiberti dont l'intérêt pour la chose juive n'a jamais faibli.

Un article de Charles Dobzynski sur Audiberti vient de paraître dans Un four à brûler le réel, Orizons 2012.

Dans l'émission de Philippe Meyer, "La prochaine fois je vous le chanterai", France inter, on a pu entendre Christine Sèvres chanter "Trois cigarettes" (Jacques Audiberti / Jorge Milchberg / Label : TEMEY) tiré du poème "Vera-Cruz", Des tonnes de semence, de Jacques Audiberti, Poésie/Gallimard

La librairie Jean-Yves Lacroix met en vente dans son catalogue du printemps 2012 une aquarelle originale de Jacques Audiberti, ca 1940. C'est un dessin au crayon sur une feuille de 20 x 23,5 cm avec des couleurs verte et orange, représentant une créature hybride et allongée, entre la biche et la femme, avec une coquille d'escargot. Une lettre autographe y est jointe de la même époque et signée de la main d'Audiberti à Rolland de Renéville.

laurent ponty nous signale

La société MK2 et TF1 Video ont ressorti en DVD le film de François Truffaut Tirez sur le pianiste. Ce film, sorti en 1960 est tiré d'un livre de David Goodis Down there avec comme acteurs principaux Charles Aznavour, Marie Dubois et Nicole Berger. Ce DVD, dans cette version 2011, comprend des compléments avec notamment une interview de Marie Dubois par Serge Toubiana où elle évoque ses rapports avec François Truffaut et de l'origine de son nom d'actrice. En effet, ne sachant quel pseudonyme prendre, François Truffaut lui fit lire Marie Dubois le roman de Jacques Audiberti. Enthousiaste, Marie Dubois choisit alors de s'appeler Marie Dubois avec l'accord d'Audiberti, bien sûr. (Ecouter l'extrait de l'interview dans les extraits audiovisuels)

La poupée à Neuilly sur seine

Samedi soir 2 juin, nous assistions à la représentation de  La Poupée, cette pièce que Jacques Audiberti a adaptée de l'un de ses romans, et dont Jacques Baratier avait déjà tiré le film éponyme si surprenant et rare.
Comment ne pas être étonné par la justesse du coup de pinceau dessinant une Amérique du Sud de pacotille, pépinière de dictateurs d'opérette, mais terreau de misère brutale accouchant de révoltes toujours manquées, caricatures de révolutions contre caricatures de régimes fastueux et dégoulinants de pourriture.
Un professeur de physique idéaliste, Palmas, va réussir à s'introduire dans un double de la maîtresse du tyran mégalomane, également femme du millionnaire de gauche Guillermo Moren. La Poupée  ainsi créée ira chanter dans les bars et haranguer les pauvres du « jardin public », nom que le colonel Octavio Prado Roth a donné au pays qu'il dirige.
Egérie du peuple en haillons, étendard sulfureux de toutes les libertés, elle provoque et entraîne le colonel au milieu des plantes tropicales qui entourent la somptueuse demeure où Moren (Pierre-Paul Lanrivin) donne une réception.
Dans le même temps, des révolutionnaires de toutes tendances, modérés ou habitués des guerres civiles, préparent un attentat salvateur. Coral est chargé d'abattre le dictateur.Sa révolte et sa souffrance font de l'effet sur la jeune Mirt, fille de Moren.
Mais l'escapade « sentimentale » du colonel lui est fatale : les comploteurs médusés le retrouvent mort, alors que le bateau chargé d'armes pour l'insurrection n'a pas abordé.
Aucune hésitation pour le député Sayas (Nicolas Ferenczi) et pour le terrible Gant-de-Crin (Hervé Cras) : Coral qui ressemble au tyran devra se faire tuer à sa place à l'heure et à la date prévue...
Il fallait du cran, de l'imagination pour mettre en scène cette fable cocasse et tellement humaine, « abhumaine » dirions nous pour reprendre un mot cher à l'auteur.
Nathalie Guéveneux apporte son souffle enchanteur à cette « poupée » magique dans ses effets. Véronique Filippi est  très élégante en Marion Moren. Romy Trajman (Mirt) est parfaite en fille de riche à l'esprit décontracté. Olivier Keisch campe un autocrate barbare à souhait, alors que les révolutionnaires et Jean-Christophe Bertéa qui joue  Coral sont plus vrais que nature dans leurs tourments et leurs retournements.
En timide professeur Palmas, Jean-Louis Redval est le metteur en scène avisé de cette gigantesque farce dont les mots portent au cœur de nous tous qui sommes peut-être des sud-américains dans nos rêves. Il réalise la gageure de donner un corps et une vie à ce chef d'œuvre de poésie lyrique au langage vert et frais, si actuel et si drôle. 
Il serait souhaitable qu'après ces deux années d'un travail de préparation remarquable, la compagnie Gaz à tous les Etages puisse jouer et rejouer cette pièce au-delà des quatre représentations prévues à l'espace Saint-Pierre de Neuilly-sur-Seine.
La Poupée,  pièce de Jacques Audiberti, histoire d'une révolution fourvoyée par la compagnie Gaz à tous les étages.   Dernière lundi 4 juin à 20h15.

Xavier Bonnefond, professeur de mathématiques s'amuse

En effet, ce jeune professeur, habitant Meudon, a fait trois anagrammes à partir du nom et prénom d'Audiberti.

Juste baraqué d'ici

Justice qui a bardé

Abus déjà critique

Si vous avez d'autres idées!...

Tsilla Chelton

La comédienne Tsilla Chelton est décédée à l'âge de 93 ans. Avant sa prodigieuse prestation dans le film d'Etienne Chatiliez "Tatie Danielle" , cette comédienne surdouée était avant tout une comédienne de théâtre et c'est dans les pièces de Jean Tardieu, Ionesco et Audiberti  qu'elle fut remarquée.Elle tînt  l'un des rôles principaux dans Le Mal courtLa fourmi dans le corps et La Brigitta d'Audiberti. Tsilla Chelton enseigna aussi l'art dramatique dès 1964 et eut comme élèves entre autres, Michel Blanc, Gérard Jugnot et Christian Clavier.

MARIe-LOUISE AUDIBERTI NOUS SIGNALE

Vite, vite, foncez sur le blog de Jean-Michel Rossini! Il a écrit trois articles où il commente avec profondeur et brio l'oeuvre audibertienne.

http://www.calmeblog.com/article-audiberti-jacques-talent-1947-preface-par-marie-louise-audiberti-pour-les-edtions-arbre-vengeur-200-88547607.html

http://www.calmeblog.com/article-audiberti-jacques-monorail-1964-editions-gallimard-111081904.html

http://www.calmeblog.com/article-audiberti-jacques-dimanche-m-attend-1965-edition-l-imaginaire-gallimard-85967539.html

Quand Jacques Audiberti parle de la souffrance

http://www.liberation.fr/livres/2014/06/04/completement-malades_1033635

quand Audiberti s'invite en politique

Entendu le 5 mai dernierdans l'émission de Guillaume Durand Accords Désaccords sur Radio Classique, Philippe Tesson s'exprimer  à propos de l'affaire Le Pen qu'il considère comme un vaudeville politique :

Moi ce qui m'intéresse c'est plutôt l'aspect littéraire de tout ça. L'histoire est dans une pièce d'Audiberti, Le Mal court. C'est l'histoire d'une princesse, une histoire imaginaire, superbe. Audiberti est un maître des mots, fantastique. La princesse de Courtelande, dont le  père veut qu'elle épouse le roi d'Occident. La princesse est obligée de tuer son père avec cette parole superbe d'Audiberti : « L'enfant tue le parent "

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